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J’accuse – Par Mouhamadou Lamine BADJI Secrétaire chargé des Revendications (SYTS)

J’accuse

Monsieur le Président,

Me permettez-vous, d’avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu’ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des tâches ?

Ces lignes et le titre de mon texte tirés du célèbre « j’accuse » d’Emile Zola, viennent dans un contexte où, Monsieur le Président, vous devrez agir au risque d’avoir la boue collée à jamais sur votre nom.

Monsieur le Président, vous avez le devoir d’agir parce-que l’histoire vous a affranchit de la colonisation, de la domination. Vous êtes, et l’histoire le retiendra, le premier Président né après les indépendances.

Monsieur le Président, vous avez l’obligation d’agir parce-que vous êtes le Président de la patrie de Cheikh Anta DIOP l’auteur de « Nations nègres et culture », « le plus audacieux qu’un nègre ait jusqu’ici écrit et qui comptera, à n’en pas douter, dans le réveil de l’Afrique »  dit Aimé Césaire

Monsieur le Président, vous avez la charge d’agir pour un Sénégal Emergent.

L’Etat du Sénégal a su depuis les indépendances construire un secteur des Télécommunications performant. Déjà en 1985, la poste a été séparée des Télécommunications pour donner naissance à Sonatel (Société Nationale des Télécommunications) ; en 1997 la Sonatel fut privatisée avec l’entrée dans son capital d’un partenaire stratégique et non d’un Propriétaire à savoir France Télécom qui détenait alors 33% comme l’Etat et le reste est répartit entre le privé national et international ; en 2004 le secteur des Télécommunications est libéralisé.

Cette intelligence des anciens de ne pas céder Sonatel à un tiers privé démontrait à suffisance une volonté de sauvegarde de notre souveraineté mais aussi une volonté d’avoir un Opérateur historique florissant. Ainsi, ce courage dénudé de tout gain facile et visé électoraliste a permis aujourd’hui à l’Etat du Sénégal d’avoir, sans risque de me tromper, le seul Opérateur historique d’Afrique noire prospère, de voir rayonner dans la sous-région la réussite de l’initiative sénégalaise représentée dignement par Sonatel.

Sonatel, au moment de sa privatisation a été préparée par toutes les mesures clairvoyantes prises par le peuple sénégalais à être un champion des Télécoms. Il l’est aujourd’hui. Seulement, son partenaire stratégique qui était censé l’accompagner et l’aider à s’accroître, est devenu son principal concurrent. Au mieux, il ralentit toutes ses initiatives de croissance, à défaut c’est un blocage systématique. France-Télécom ayant constaté que l’Etat qui est garant de cet équilibre cède de la place, rate toute opportunité de définir des lendemains meilleurs pour Sonatel finit par se comporter comme propriétaire, en imposant sa loi et sa volonté  au grand dam des patriotes de ce pays. Les relations de l’Etat avec Sonatel se résumant qu’à des milliards à récolter sans se soucier aucunement de la pérennité de l’arbre à fruits qu’est Sonatel.

L’appétit vient en mangeant. France Télécom face à cette démission de l’Etat du Sénégal voit l’opportunité inespérée d’achever sa domination et d’asservir Sonatel en mettant la main sur son réseau et l’enjeu est grand.

Selon le Financial Times, des discussions privées ont débuté début janvier 2013 entre les opérateurs historiques européens et le commissaire européen à la concurrence Joaquim Almunia.  Lesquelles discussions  ne portent donc pas sur des fusions mais sur une alliance globale au niveau du réseau européen. Le but serait ainsi d’unifier le réseau et donc de partager les infrastructures. Cela donnerait notamment aux opérateurs européens un poids de négociation évident face aux géants étrangers du secteur (Google, Facebook, Amazon,…)

La mutualisation des réseaux en Afrique en plus d’être un moyen de démanteler le groupe Sonatel, est une opportunité d’affaires inouïe pour France Télécom (suivre l’Interview de Stéphane Richard dans l’émission Good Morning de BFM du 16/01/2013).

J’accuse France-Télécom du désamour grandissant des Sénégalais à leur propre Société de télécom,

J’accuse France-Télécom de tentative de démantèlement du groupe SONATEL,

J’accuse France-Télécom de concurrencer SONATEL dans la sous-région,

J’accuse France-Télécom de Gnocide (en référence à son projet GNOC de mutualisation des réseaux de supervision),

J’accuse le Management de Sonatel pour complicité,

J’accuse l’Etat pour sa passivité.

Monsieur le Président, la colonisation est terminée. Votre voix sera plus audible à travers toute l’Afrique si vous recadrez France-Télécom qui confond un partenaire à une possession parce-que simplement on est Afrique, au Sénégal.

Monsieur le Président, France- Télécom est présente dans des pays où elle n’ose parler de ces projets de transformation. Pourquoi chez nous ?

Le Numérique est l’élément qui va structurer nos économies avec de nouveaux usages et services. Mais quel Numérique, si nous perdons la main sur la connectivité ?

Veuillez agréer, Son Excellence, l’expression de ma considération profonde et respectueuse.

 

Mouhamadou Lamine BADJI

Secrétaire chargé des Revendications

                                                                                            du Syndicat des Travailleurs de Sonatel

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